Ma part de Gaulois : le bac, comme sésame, l’identité comme héritage

Je suis fan du groupe Zebda. Les moins de 20 ans ne connaissent probablement pas et c’est bien dommage par ce groupe toulousain, mené par Magyd Cherfi, enchainent les succès depuis plus de trente ans. Ce sont également des artistes engagés à l’instar de leur leader et qui a un rapport très pertinent à son pays, la France. 

Nous sommes en 1975 à Toulouse. Mourad, 12 ans est en 5ème. Il a été orienté en CAP Mécanique, sans vraiment qu’on lui ait demandé. Grâce (ou à cause, c’est selon) aux stratagèmes de sa mère, il revient dans le cursus général. Quelques années après, le voici en terminale dans un lycée situé dans le centre de la Ville-rose. Objectif ? Le bac. Une formalité pour les « français » mais un événement pour Mourad. S’il obtient, il pourrait être le premier maghrébin de la cité à l’obtenir et ainsi servir d’exemple.

Ma part de Gaulois est à la base un roman rédigé par Magyd Cherfi, sorti en 2016, qui revient sur quelques épisodes de son enfance, mélangeant faits véridiques et fictionnels. Si Mourad n’est pas à proprement parler l’auteur du livre, il lui ressemble étrangement beaucoup. Comme le chanteur du groupe Zebda, Mourad est issu d’une famille originaire d’Algérie, qui s’est installé dans le Sud-Ouest. Le père travaille dans le bâtiment, en tant que grutier et sa mère s’occupe du foyer. Comme pour la plupart des enfants maghrébins, il était promis à une voie de garage, un CAP mécanique. Le bac ? C’est pour les « français » (comprendre les blancs !), un diplôme inaccessible et surtout inutile puisque son destin semblait tout tracé.

Une perspective que sa mère n’entend pas de cette oreille. Elle a en effet d’autres projets pour son fils et pour les mener à bien, elle ne va pas hésiter à inventer une crise d’asthme pour son fils afin qu’il arrête son CAP, et à vendre ses précieux bijoux pour qu’il puisse bénéficier de cours de soutien, cours qu’ils seront bien utiles lorsque Mourad se sentira largué dans son nouveau lycée. 

Il faut dire que l’enjeu est plus que symbolique en particulier pour la mère. Ne sachant ni lire, ni écrire, l’obtention du bac c’est l’ouverture des possibles pour son fils, la possibilité qu’il puisse devenir quelqu’un, loin de la cité, qu’il ne devienne pas un voyou en somme. Encore faut-il convaincre son mari mais aussi et surtout l’intéressé qui le fait plus par devoir que par véritable envie. 

Une situation qui est d’autant plus visible que Mourad, au contact de ses camarades blancs du lycée s’ouvrent à d’autres connaissances et notamment musicales. Toutefois comment concilier cet attrait pour la musique et le fait de faire plaisir à sa mère ?

Comédie agréable, Ma part de Gaulois se veut encore très actuel et question sur la question de l’intégration par la réussite scolaire mais aussi de l’identité. Un hommage aussi à ces mères qui, malgré le fait qu’elles ne connaissent pas les codes, ont lutté pour assurer le meilleur avenir à leur enfant. 

Ma part de Gaulois

Un film de : Malik Chibane

Avec : Adila Bendimerad, Abdallah Charki, Lyes Salem, Cif-Eddine Garda…

Pays : France

Genre : Comédie

Durée : 1h31

Sortie : le 31 janvier

Note : 14/20

[BONUS] Puisque j’évoquais Zebda, le plus simple serait que je vous poste la chanson qui les a fait définitivement connaitre. C’est « Tomber la chemise » et c’était, il y a 25 ans déjà ^^’. Sur le clip, vous y retrouverez Djamel Debbouze, Omar Sy et Fred Testot, des p’tits jeunes (très) prometteurs ! :p

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