Ce film a été présenté, hors compétition, au Festival de Cannes qui se tient du 12 au 23 mai.
Samuel Paty. Un nom qui résonne encore dans notre mémoire collective. Un nom qui nous hante aussi tant il symbolise malgré tout, un combat : celui de la défense de la liberté d’expression contre tous les obscurantismes
Aussi, lorsqu’un film revenant sur les onze jours qui précédé son assassinat fut annoncé, cela a tout naturellement suscité un débat sur la pertinence ou non d’une telle initiative. A titre personnel, ce n’est pas l’enjeu, bien au contraire !
Nous sommes donc à Conflans Saint-Honorine, dans les Yvelines, en grande banlieue parisienne, le 5 octobre 2020. Samuel Paty, enseignant d’histoire-géographie et d’éducation civique en collège, donne un cours sur la liberté d’expression. A cette occasion, il montre des caricatures du prophète Mahomet dessinées initialement par le journal satirique Charlie Hebdo. Peu de temps après, Bouchra, une élève de 14 ans, se plaint auprès de son père prétendant que le professeur s’en est pris aux musulmans en leur demandant notamment de sortir de la classe. A partir de là, s’enclenche un engrenage qui mènera jusqu’à la mort violente et tragique de Samuel Paty.
L’abandon fut tourné dans le plus grand secret, d’une part dans l’attente des conclusions du procès en appel des personnes impliquées dans la mort de Samuel Paty mais très probablement pour éviter que les passions et les tensions se déchainent. Une décision qui peut se discuter mais qui peut aussi se comprendre vu le contexte que nous connaissons.
Toujours est-il que le film de Vincent Garenq revient sur un processus, celui qui a mené à l’impensable et qui pourrait pu (voire du) être évité. Lorsque Samuel Paty montre les caricatures du prophète Mahomet, il ne se doute aucunement de l’engrenage dans lequel il s’embarque bien malgré lui. A partir de là, tout s’emballe : les raids médiatiques, les stories sur les réseaux sociaux, des parents de confession musulmane qui s’emballent, un établissement scolaire qui tente de protéger son enseignement mais dont le personnel semble divisé sans oublier des autorités qui – semble-t-il – n’ont pas vraiment anticipé la mesure de la menace qui pesait sur le professeur.
Un professeur, remarquablement joué par Antoine Reinartz, qui semble – on peut aisément le comprendre ! – dépassé par les évènements, lui qui estime n’avoir fait que son travail. Même s’il a des soutiens, il est au fond assez seul face à cette machine infernale que rien ne semble arrêter. Comme si, un mensonge et une succession de manquements ainsi qu’une absence de lucidité avaient de toute façon scellé le destin du professeur.
Efficace dans sa dramaturgie, L’abandon relate avant tout un engrenage. Un engrenage qui a mené à l’assassinat d’un homme par un terroriste islamiste. Un homme qui ne faisait que son métier, celui de transmettre à de futurs citoyens éclairés.
Rien que pour cela, le film a de sa pertinence.
L’abandon
Un film de : Vincent Garenq
Avec : Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali, Mounira Barbouch, Marie-Sonha Condé…
Pays : France
Genre : Drame
Durée : 1h42
Sortie : le 13 mai
Note : 15/20




