Cannes ne serait pas Cannes sans sa polémique qui rythmera cette quinzaine cinématographique et cette fois, cela ne concerne pas les soubresauts du monde ou autre déclaration d’un (énième) candidat à la présidentielle.
Hier soir, Maxime Saada, le président du directoire de Canal +, a déclaré qu’il ne souhaitait plus à l’avenir travailler avec les artistes et professionnels du cinéma qui s’en sont pris, selon lui, à son entreprise, en leur coupant des financements. Leur « crime » ? Avoir dans une tribune publiée par Libération, exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis du contrôle probable à venir par Vincent Bolloré, d’UGC, d’ici 2028, permettant au milliardaire breton d’avoir un accès en plain-pied dans le monde du cinéma.
La sortie de Maxime Saada n’a pas manqué d’être commentée, certains estimant qu’il s’agissait d’un signal fort, pour ne pas dire inquiétant, selon certains analystes ou encore responsables politiques de gauche, à l’instar d’Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste ou de cadres de la France Insoumise. Toujours est-il que cette déclaration du patron de la chaine cryptée ne s’inscrit pas tellement dans une optique d’apaisement, à l’heure où les interrogations quant aux intentions véritables de Vincent Bolloré se multiplient et mobilisent le secteur.
Pour rappel, le groupe Bolloré est entré, il y a quelques mois, en négociations avec le groupe UGC pour acquérir d’ici 2028, 100% de son capital, faisant du premier le futur maitre du cinéma français, du moins en partie. Une opération qui est loin d’être anodine et qui ne serait surtout pas sans conséquences dans la mesure où Vincent Bolloré, en plus de contrôler UGC et son réseau de 54 cinémas (dont le mythique UGC Ciné Cité Les Halles), aurait main basse sur la distribution mais aussi la création. Une situation qui ne peut que susciter de l’inquiétude quand on connaît le penchant idéologique de cet homme.
Je le dis régulièrement, je n’ai aucune confiance en Vincent Bolloré qui n’a jamais caché sa vision idéologique pour notre pays tout comme la guerre qu’il mène comme on l’a récemment vu dans le monde de l’édition et récemment dans celui des médias, avec la chaine d’opinion CNews. Aussi, la probable arrivée de Bolloré dans le monde du cinéma via UGC interroge légitimement, surtout qu’aucune garantie ni garde-fou n’existe pour l’heure pour contrebalancer cette possible prise de contrôle.
Au-delà de cela, c’est même la question à moyen/long-terme de notre exception culturelle qui pourrait être remis en cause dans la mesure où si Bolloré utilise son droit de regard sur la création de telle ou telle œuvre, c’est tout un pan de notre politique culturelle qui s’en retrouverait menacé. Des acteurs tels que Swann Arlaud, Céleste Burnquell, Juliette Binoche ou encore Adèle Haenel ou des réalisateurs comme Raymond Depardon, devront-ils être en phase avec les objectifs et valeurs de Bolloré pour espérer bosser et voir leur projet sortir, si on estime qu’à partir du moment où c’est lui qui est le patron d’UGC mais aussi de Canal +, c’est aussi lui qui décide en fonction ?
Autant d’inquiétudes qui cachent mal un malaise certain au sein du cinéma français, un malaise qui s’exprime de plus en plus lors de cette quinzaine au point où une festivalière n’a pas hésité à crier « Bolloré enc*** ! » juste après que le logo de Canal + ait été hué lors d’une projection, ce qui contrastait nettement avec l’accueil chaleureux qui fut réservé au logo de France.tv. Un malaise qui souligne surtout l’importance du politique dans les semaines et mois à venir qui devra se positionner, même si j’ai encore la faiblesse (pour ne pas dire la naïveté) de penser que Bolloré est en réalité bien plus pragmatique qu’on ne le pense. Après tout, il reste un homme d’affaires et que deviendrait Canal + et UGC par extension sans certains acteurs et actrices qui rapportent au box-office ?
A voir donc, en attendant l’heure de rendre ou non ma carte UGC illimitée ne s’est pas encore posée !



