Ce film a été présenté, en compétition, au Festival de Cannes qui se tient du 12 au 23 mai.
Il existe certaines entreprises ou structures dans lesquelles, il n’est pas rare de voir un parent et son enfant travailler ensemble. Pour certains, c’est même une bonne chose, cela leur permet de se voir plus souvent, et parfois même se rapprocher.
C’est sans doute l’idée qu’a eu en tête Esteban Martinez et c’est le point de départ du long-métrage de Rodrigo Sorogoyen, en compétition à Cannes. Nous sommes à Madrid. Esteban revient en Espagne après treize ans passées en dehors de son pays natal. Il vit désormais à New York où il a fondé une nouvelle famille. Treize ans, cela correspond à la période durant laquelle il n’a pas revu Emilia, sa fille ainée, le fruit d’une précédente relation avec une actrice. Emilia, âgée d’une trentaine d’années, est elle-même devenue comédienne et c’est pour son travail que son père lui propose de jouer dans son prochain long-métrage qui se passe au Sahara occidental durant la colonisation espagnole. Si Emilia accepte, malgré quelques réticences, cette nouvelle collaboration ouvre cependant des blessures enfuies durant de nombreuses années. Des blessures qui refont surface lors du tournage.
Esteban est un réalisateur mondialement connu qui souffre cependant d’une réputation assez sulfureuse. Colérique, voire violent avec son personnel lors des tournages, celui qu’on considère comme l’enfant terrible du cinéma, cherche d’une certaine manière à s’apaiser et donner une nouvelle image. C’est une des raisons pour laquelle, il revient en Espagne après plus d’une décennie d’expatriation.
A cette occasion, il reprend contact avec Emilia, sa fille qu’il n’a pas vu depuis un moment. Un moment particulier dans lequel on ressent comme un certain malaise, en témoigne la scène d’ouverture. Esteban n’a vu sa fille qu’à travers son métier d’actrice et ne la connaît qu’à travers ce prisme. De son côté, Emilia, qui porte le nom de sa mère, voit en Esteban davantage le réalisateur que le papa qui avait fait défaut. Dans ces conditions, la collaboration entre le père et la fille demeure curieuse dans la mesure où tout semble à construire entre eux.
Cela est d’autant plus vrai dans la mesure si le film pourrait les rapprocher, le lien entre Esteban et Emilia demeure fragile. Un tournage ne permet pas, comme par magie, de créer une connexion pratiquement inexistante durant un certain temps. Une évidence qui se démontre de manière claire, brutale et chirurgicale au fur et à mesure que les prises de vue se font. L’occasion malgré tout de retrouver ce qui a été perdu, même que très partiellement ?
Avec 2h16 au compteur, L’être aimé revient sur cette relation complexe, douce-amère entre un père et une fille qui peinent à se comprendre mais qui ne détestent pas, bien au contraire, le film et son tournage servent de prétexte. En effet, qu’en serait-il si ce projet n’avait jamais vu le jour ?
L’être aimé (El ser querido)
Un film de : Rodrigo Sorogoyen
Avec : Javier Bardem, Victoria Luengo, Raúl Arévalo, Marina Foïs, Mourad Ouani, Raul Prieto, Laura Birn…
Pays : Espagne
Genre : Drame
Durée : 2h16
Sortie : le 16 mai
Note : 15/20



