Jonathan Glazer est un cinéaste qui a réalisé très peu de films. Le dernier en date, Under the Skin, était sorti en 2013 et m’avait laissé un souvenir périssable, en raison de sa longueur et de son côté expérimental, voire un peu trop expérimental, malgré la présence de Scarlett Johansson.
Dix ans après, le réalisateur britannique s’attaque à la Shoah enfin indirectement. Ce sinistre événement sert de toile de fond pour nous raconter l’histoire de la famille Höss. Nous sommes en 1943. Rudolph Höss dirige le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau en Pologne. Il vit avec sa femme et ses enfants dans une belle maison située juste à côté. C’est un cadre idyllique, bucolique, idéal pour sa famille. Ils y vivent paisiblement jusqu’au jour où Höss apprend qu’il doit être muté et donc quitter la Pologne.
Comme je l’écrivais plus en amont, Glazer est un cinéaste assez atypique et son nouveau film ne déroge pas à la règle. Dès le départ, le spectateur qu’on est plonge dans ce qui semble être le quotidien de la famille Höss. Tandis que monsieur travaille, Hedwig, la femme, s’occupe du foyer et de ses enfants ou encore reçoit régulièrement des invités. Elle n’est pas seule puisque des domestiques polonaises de confession juive sont là pour faire les bonniches, ce qui lui permet quand même de profiter de cette belle maison, un véritable havre de paix.
Un portrait idyllique mais un portrait surtout malaisant et outrageant quand on sait que juste à côté des femmes, hommes et enfants sont envoyés à la mort parce que juifs. Le contraste est effarant et Jonathan Glazer arrive à situer cette situation clairement gênante. On ne voit pratiquement jamais les déportés, tout juste nous entendons les cris de terreur, de peur face à la cruauté sans bornes des Nazis.
Un contraste qui se reflète tout au long du film où on aperçoit un Rudolf Höss en directeur de camp zélé, qui traite en toute froideur la question du rendement (comprendre comment assassiner davantage de juifs) en menant le projet d’installation d’une nouvelle chambre à gaz utilisant du zyklon B et qui, une fois sa journée de travail achevée, discute d’Italie avec sa femme dans la chambre parentale ou fait du cheval avec son fils, non loin de prisonniers.
Une situation renversante qui nous fait penser que pendant que Höss et sa famille se considéraient être dans un endroit paradisiaque, des centaines de milliers de déportés étaient tout simplement en enfer, celui des camps. Durant 1h45, on ne peut qu’être dérouté, choqué par ce qui est de banales scènes d’une vie de famille mais qui se passent juste à côté de l’horreur.
Une atmosphère qui s’alourdit avec de longues scènes silencieuses et froides, comme pour nous bien nous mettre à l’aise, du moins ne pas nous laisser indifférent. Sur ce point, le résultat est plutôt réussi. Ce qui est effarant, ce n’est pas tant cette rencontre avec un nazi convaincu et sa famille ou le fait qu’ils vivent juste à côté d’une chambre à gaz mais mais la normalité de cette situation incongrue.
Une incongruité que le film dépeint avec justesse et qui explique en toute logique l’obtention du Grand Prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes
La Zone d’intérêt (The Zone of interest)
Un film de : Jonathan Glazer
Avec : Christian Friedel, Sandra Hüller, Johann Karthaus, Max Beck, Ralph Herforth, Lili Falk…
Pays : Royaume-Uni
Genre : Drame, Guerre, Historique
Durée : 1h45
Sortie : le 31 janvier
Note : 15/20



