Il existe des films assez simples sans pour autant être simplistes. Je veux dire par là qu’ils apportent quelque chose de pertinent sans pour autant faire dans le spectaculaire. Qui plus est, si cela permet au spectateur d’avoir une leçon d’Histoire « gratuite », c’est tout aussi bien.
Nous sommes en 1915. Justin est un paysan plutôt simple d’esprit diront certains. Il n’est pratiquement jamais sorti de sa campagne et travaille pour le compte d’un riche entrepreneur. Son destin bascule lorsqu’il est enrôlé de force dans l’armée afin de combattre l’Allemagne de l’empereur Guillaume II. Il y découvre les combats, les tranchés et les affres de la guerre. Au contact de plusieurs soldats, dont Basile, un tirailleur sénégalais, il se découvre une conscience. Justin mène alors la fronde face au commandement militaire en contestant un ordre militaire aussi dangereux qu’absurde. Retranché, Marie Baratier, journaliste au Canard Enchainé, part à sa rencontre. Basile lui raconte son histoire.
Sur huit millions de soldats français partis combattre lors de la Première Guerre mondiale, la moitié était des paysans. Parmi eux, notre fameux Justin qui est littéralement lancé dans le bain d’un conflit qui le dépasse et qui ne le concerne pas vraiment. Non pas qu’il ne soit pas patriote mais parce que tout simplement, il n’en connaît pas les tenants et aboutissants. Justin n’a jamais quitté sa campagne, s’exprime en patois et ne comprend pas trop pourquoi il devrait partir en guerre contre les Allemands, des gens qu’il n’a jamais rencontré au passage !
Un « point de vue » qui, vous vous en doutez, ne convainc pas les autorités qui l’embarquent aussitôt le forçant à quitter sa terre et plus spécifiquement sa mère et son fils. Justin se retrouve donc enrôlé de force et ne pense qu’à une seule chose : rentrer chez lui.
Multipliant les péripéties, Justin se rend progressivement compte de l’absurdité de la guerre et surtout de ceux qui en sont aux commandes. Dans cette situation pour le moins improbable, il développe une certaine humanité dans sa naïveté. Il développe aussi une amitié avec Basile, ce tirailleurs sénégalais, professeur dans le civil, qui lui fera ouvrir au monde. Justin sort peu à peu de sa zone de confort et se transforme progressivement en leader qui invite l’autorité à se remettre en question.
Dit comme cela, on pourrait penser que Justin le Juste ne casse pas trois pattes à un canard, pourtant il a une certaine pertinence en se focalisant sur un épisode pas vraiment glorieux de notre Histoire contemporaine, à savoir les mutineries au sein de l’armée française et la façon elles ont été réprimées. A travers Justin, ce sont des hommes qui refusent de se battre non pas par absence de patriotisme mais tout simplement pour dénoncer l’absurdité et le comportement jusqu’au-boutiste d’un commandement militaire rétive à toute critique. En prenant la fronde, Justin n’est plus un simple paysan et prend d’une certaine manière confiance en lui.
Porté par Alban Ivanov, Justin le Juste rend hommage à ces soldats qui ont su désobéir non pas par refus du combat mais en raison du bon sens tout simplement. Un film simple mais pertinent.
Justin le Juste
Un film de : Éric Barbier
Avec : Alban Ivanov, Birane Ba, Alexandra Lamy, Thierry Hancisse, Nicolas Avinée…
Pays : France
Genre : Guerre, Historique
Durée : 1h50
Sortie : le 23 septembre
Note : 14/20



