Dégel : sous la neige

Le cinéma chilien est un cinéma que j’aime bien et qui mériterait d’être davantage connu et surtout reconnu. Parmi ses représentants, je pense notamment à Pablo Larrin et son film No qui revient sur le référendum du 5 octobre 1988 ayant mis fin à la dictature d’Augusto Pinochet. 

Les années post-régime, c’est justement le point de départ du nouveau film de Manuela Martinelli qui nous emmène en pleine Cordillère des Andes. Nous sommes en 1992, en plein hiver austral. Inès, 9 ans, est partie rejoindre ses grands-parents qui gèrent un hôtel de grand standing. Alors que l’Exposition universelle de Séville bat son plein, le jeune fille se lie d’amitié avec Hanna. Hanna a 14 ans et elle est originaire d’Allemagne. Elle est venue avec son entraîneur en stage de ski. C’est une championne en devenir. Un jour, pourtant, la skieuse disparaît du jour au lendemain. 

Une disparition soudaine, inexpliquée et surtout mise sous le tapis, comme si on ne voulait pas trop en faire le maximum. C’est l’impression qu’on a tout au long du film qui cultive un certain goût du secret et du mystère autour de l’absence inattendue d’Hanna. Pourquoi a-t-elle disparu ? A-t-elle fuguée ? S’est-elle perdue en montage ? Autant de questions qui demeurent sans réponse surtout pour Inès qui devient, malgré elle, témoin d’une certaine indifférence voire lâcheté de la part des adultes. 

Si tout naturellement, tout est mis en œuvre pour retrouver l’adolescente, le spectateur que nous sommes comprend progressivement qu’il y a comme un malaise. Pour les grands-parents d’Inès, cette disparition n’est pas une bonne publicité pour l’établissement hôtelier et il convient qu’on minimise l’événement au possible, voire le passer au second plan. Même son de cloche du  côté des autorités dans un contexte où le Chili tient à donner une autre image bien éloignée de la dictature. 

Face à cela, Inès observe mais reste impuissante. Elle qui s’est liée d’amitié avec Hanna, sait des choses mais on lui fait comprendre qu’elle ne doit rien dire. Elle qui est souvent livrée à elle-même la plupart du temps, se lie alors avec la mère d’Hanna, une ancienne athlète, venue sur place pour tenter de retrouver sa fille. Une Hanna qui malgré son talent et ses performances sportives, se trouvait dans une sorte de spirale, une spirale dont elle avait besoin de s’échapper. 

Avec 1h50 au compteur, Dégel intrigue et nous met dans la même position qu’Inès. Comme elle, on ne comprend pas trop la lâcheté des adultes face à ce drame, comme si certains avaient intérêt à ce que certaines histoires restent cachées… sous la neige. Un film qui marque tout comme sa fin un peu abrupte, comme un retour à une (cruelle) réalité. 

Dégel (El Deshielo)

Un film de : Manuela Martelli 

Avec : Maya O’Rourke, Saskia Rosendahl, Maia Rae Domagala, Jakub Gierszal…

Pays : Chili

Genre : Drame

Durée : 1h50

Sortie : le 26 août

Note : 13/20

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