La Grazia : la décision et la conscience

Paolo Sorrentino est un cinéaste italien que j’apprécie au fur et à mesure où je découvre ses œuvres notamment depuis 2013 et La Grande Bellezza qui lui a valu l’Oscar du Meilleur film étranger. Film dans lequel il avait confié le rôle principal à Toni Servillo, acteur que j’avais pour ma part découvert dans Viva la liberta.

Quelques collaborations plus tard, notamment dans le cadre du film Silvio et les autres, on retrouve la paire Sorrentino/Servillo dans un drame qui mêle politique, famille et prise de conscience. A Rome, Mariano de Santis, président de la République italienne, s’apprête à achever son mandat. Après son unique septennat, ce juriste de formation, de tendance centriste, quittera prochainement le Quirinal, l’équivalent de l’Elysée. Avant de partir, on lui soumet trois dossiers particulièrement sensibles : deux grâces présidentielles et un projet de loi relative à la légalisation de l’euthanasie. De Santis, profondément catholique et toujours marqué par la mort de sa femme, doit faire un choix. Un choix qui le confronte à ses propres principes moraux. Alors que son mandat s’achève dans deux semaines, que décidera-t-il de faire ou de ne pas faire ? 

Que faire lorsque vous avez à prendre une décision qui vous engage alors que vous êtes sur le point de quitter vos responsabilités ? C’est la question que pose en filigrane, Paolo Sorrentino en pointant sa caméra sur un président de la République qui se distingue… par son indécision justement. Il est bon à rappeler que si, à la différence de la France, le chef de l’État italien dispose de près peu de pouvoirs politiques (l’essentiel étant dans les mains du Président du Conseil, enfin, la présidente !), son aura moral n’en demeure pas moins essentiel, pour ne pas prédominant dans certains cas, surtout en cas de crise politique, comme la péninsule en connaissait il y a pas si longtemps. Ici, pas de gouvernement qui risque de tomber mais une question cruciale. Un président est-il uniquement borné à ce que la Constitution lui demande de faire, c’est-à-dire promulguer les lois, ou doit-il se fier à sa conscience avant d’exécuter ? 

Mariano de Santis aurait très bien pu laisser son prédécesseur gérer ses épineux dossiers et donc régler le problème une bonne fois pour toutes. Cependant, le pouvoir de gracier est déjà énorme en soi. Un pouvoir qui s’avère néanmoins un fardeau car il sait également de ce qu’il décide d’en faire constituera son testament politique mais aussi la trace qu’il laissera au sein des Italiens. Le projet de loi sur l’euthanasie illustre très clairement le dilemme auquel fait face De Santis. S’il refuse de signer, il passe pour un tortionnaire. S’il promulgue, il sera vu comme un assassin. Quel que soit sa décision, elle ne manquera pas d’être scrutée, commentée et jugée. 

Alors que faire ? De Santis consulte sa fille et conseillère politique mais aussi le Pape avec qui il a des liens étroits et ce, dans un contexte où certains lorgnent déjà la place comme pour signifier qu’il fait déjà partie du passé. Toujours est-il que c’est bien en homme libre qu’il entend se positionner. 

Malgré un rythme lent, La Grazia illustre bien la solitude d’un homme, aussi haut-responsable qu’il soit, lorsqu’il est confronté à un choix qui percute sa conscience. Une situation bien réelle puisque c’est à celle-ci que fut confrontée le Roi des Belges Baudoin lorsqu’en 1990, il fut invité à promulguer la loi sur l’avortement. Face à son refus, arguant des considérations personnelles, le gouvernement Martens n’avait rien trouvé de mieux que de déclarer le monarque dans l’incapacité de régner, le temps que la loi soit signée. Un exemple parmi d’autres qui a sans doute du inspirer Paolo Sorrentino pour ce projet convaincant. 

La Grazia

Un film de : Paolo Sorrentino

Avec : Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello, Milvia Marigliano…

Pays : Italie

Genre : Romance, Drame

Durée : 2h13

Sortie : le 28 janvier

Note : 14/20

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