Tout dictateur qui se respecte a un goûteur, cette personne qui est chargée, comme son nom l’indique, de manger l’ensemble des plats destiné au despote afin de vérifier que ces derniers ne soient pas empoisonnés. Staline en avait un, au moins – c’était connu, tellement il était parano – Saddam Hussein en avait à la pelle et on peut aisément penser qu’Hitler en avait également.
Je dis « aisément penser » car ce n’est que depuis quelques années que les Historiens ont en eu connaissance, partant du récit de Margot Woelk, cette femme qui en 2012 avait déclaré qu’elle avait été la gouteuse du Führer. Son récit a inspiré un roman lui-même adapté en film.
Nous sommes en 1943. Rosa Sauer, 26 ans, a fui Berlin et les bombardements pour se réfugier en Prusse-Orientale, retrouver sa belle-famille. Son mari, Gregor, est au front. C’est alors qu’elle est emmenée de force au, Wolfsschanze, le quartier général du Führer, plus connu chez nous comme étant la Tanière du loup. Là-bas, elle est contrainte, avec d’autres femmes du village, à manger les repas destinés à Hitler afin de s’assurer que la nourriture n’est pas atteinte. Un exercice périlleux mais qui rendra certaines de ces femmes solidaires entre elles, face à l’adversité.
Gouter, de manière contrainte, les plats cocottées pour le despote nazi et jouer littéralement sa vie à chaque instant. C’est l’exercice véritablement anxiogène qui attend quotidiennement ces femmes qui n’avaient rien demandé et qui se retrouvent à devenir des cobayes bien malgré elles. Chaque jour, elles doivent manger les repas prévus à cet effet et vivre ainsi dans cette peur constante, celle d’avoir été empoisonné et ainsi, risquer de perdre la vie, dans un contexte où la nourriture se fait justement plus rare, en raison de la guerre et des restrictions qui s’en suivent.
Ces femmes qui ont un profil bien divers selon les cas. S’il y a bien une admiratrice du Führer qui considère qu’être gouteuse est même un honneur, certaines sont des jeunes mères de famille ou des célibataires qui ont toute un point commun, en plus d’être en bonne santé : elles n’ont pas d’hommes ou bien leur mari et/ou fiancé sont à la guerre.
Une spécificité qui crée peu à peu une forme de solidarité entre elles au fur et à mesure qu’elles doivent participer à ce spectacle aussi grotesque que macabre d’une certaine manière. Face à cette forme d’oppression, et à une forme de solitude, elles doivent se serrer les coudes en espérant que le cauchemar prenne prochainement fin, à savoir que la guerre se termine.
Film italien tourné en allemand (oui, oui !), marquant et assez prenant, Les goûteuses d’Hitler retire le voile sur un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale, sur ces femmes qui ont risqué leur vie sous la contrainte mais qui ont, d’une certaine manière, résisté.
Les goûteuses d’Hitler (Le assaggiatrici)
Un film de : Silvio Soldini
Avec : Elisa Schlott, Max Riemelt, Alma Hasun, Esther Gemsch, Jürgen Wink, Emma Falck…
Pays : Italie
Genre : Biopic, Drame, Historique
Durée : 2h04
Sortie : le 20 mai
Note : 16/20



