[CANNES 2026] Autofiction : inspirations vicieuses ?

Ce film a été présenté, en compétition, au  Festival de Cannes qui se tient du 12 au 23 mai.

Le Festival de Cannes n’aurait pas la même saveur sans la présence de Pedro Almodovar, cet homme qui aime les femmes et les histoires de femmes. 

Cette année encore, on retrouve le cinéaste espagnol, plusieurs fois récompensé sur la Croisette – notamment pour son film mythique Talons aiguilles qui a popularisé une certaine Victoria Abril chez nous – sur les marches du Palais, venu nous présenter son dernier long-métrage… un brin déroutant, je vous explique pourquoi. 

Nous sommes à Madrid, en décembre 2004. Elsa, une romancière mais également réalisatrice, se plaint de violents maux de tête qui l’oblige à se reposer. Elle souffre en réalité d’une crise d’angoisse qui la pousse à prendre quelques jours de vacances à Lanzarote, aux Canaries. Une façon également pour elle de faire le deuil de sa mère, morte un an plus tôt. Là-bas, loin de son compagnon, Bonifacio, elle se met à l’écriture créative pour parachever son projet. Une autre trame temporelle nous plonge en 2026, toujours à Madrid. Raul Duran, un cinéaste de renom est en panne d’inspiration depuis des années. Il écrit un scénario qui s’avère être l’histoire d’Elsa, son alter-ego. Son texte est le point de départ d’une histoire dans laquelle il mélange plusieurs éléments de sa vie ainsi que celle de ses proches. 

Elsa et Raul ont un point commun, un peu vicieux à mon sens : celui de s’inspirer des malheurs de leurs proches comme trame principale de leur intrigue. Pour Elsa, ce sont les déboires de Patricia mais surtout de Natalia qui lui servent de base pour sa fiction. De son côté, Raul s’appuie sur le drame que la compagne de Monica, son assistante, a vécu, à savoir, la perte de son fils. 

Deux histoires très intimes et douloureuses qui se retrouvent et qui ont même des connexions entre elles, à se demander si les deux ont réellement existé surtout l’histoire d’Elsa dont qui semble, à certains égards, sorti tout droit de l’imagination de Raul. Deux histoires dans lesquelles, les auteurs ne semblent pas tellement avoir de scrupules en exploitant la vie de leurs proches, notamment dans les points les plus intimes.

Qu’en pensent justement leurs proches de tout cela ? Au-delà de cette question, une autre se pose : un auteur peut-il, au nom de sa liberté de création, écrire une histoire qui les concerne sans que ces derniers n’aient leur mot à redire ? Très vite, les concernés expriment leurs fortes réserves, pour ne pas dire leur opposition. Toutefois peuvent-ils vraiment faire quelque chose face à deux personnes qui, d’une certaine manière, ont tous les pouvoirs ?

En lice pour la Palme d’Or, Autofiction se défend et a des choses à dire, malgré le fait que j’ai parfois eu du mal à entrer dans l’intrigue. Ce n’est pas le meilleur Almodovar à mon sens mais cela reste agréable à voir et cela me rappelle à quel point j’aime le cinéma espagnol. 

Autofiction (Amarga Navidad) 

Un film de : Pedro Almodovar 

Avec : Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo, Patrick Criado, Milena Smit, Rossy de Palma…

Pays : Espagne

Genre : Comédie dramatique

Durée : 1h51

Sortie : le 20 mai

Note : 12/20

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