Aller au cinéma, c’est également pour moi découvrir des films qui sortent de l’ordinaire, qui sont provocateurs tout en faisant réfléchir sur notre société, histoire aussi de sortir de sa zone de confort. Truly naked fait partie de ces films-là.
Nous sommes en Grande-Bretagne sur la côte. Alec, 16 ans, vit avec son père, Dylan. Ce dernier est acteur… de films pour adultes, comprenez porno. C’est dans la maison familiale que ce dernier réalise, produit et met en scène ses long-métrages pour lesquels son fils lui file un coup de main, en faisant les montages. Un environnement clairement toxique pour l’adolescent qui confond désir et pornographie. Les choses se compliquent lorsqu’il est en binôme avec Nina, une camarade de classe, pour réaliser un exposé sur l’addiction… à la pornographie. Alec se sent progressivement attiré par la jeune femme. Pour exprimer ses sentiments mais aussi son mal-être, il devra littéralement se mettre à nu.
Parler pornographie et plus spécifiquement addiction à la pornographie sur son grand écran. Le principe peut être osé, il peut même être dérangeant pour certains mais il n’en est pas moins pertinent. En tout cas, c’est tout le pari de Muriel d’Ansembourg qui s’attarde sur la personnalité et le caractère d’Alec, un ado qui baigne, un peu malgré lui dans l’industrie du X. La « faute » est dûe à son papa, acteur de son état, qui voit son métier comme le plus banal qu’il soit du moment que cela permet de payer le loyer et la bouffe. D’ailleurs, Dylan est plutôt vieille école et ne semble pas avoir compris que l’époque a changé. Enfin si, mais cela pousse à faire dans le quantitatif, le plus trash et le moins respectueux envers la gente féminine.
Une situation qui place progressivement Alec en porte à faux. S’il aide son père au quotidien, on le sent de plus en plus prisonnier d’un univers qui le renferme plutôt qu’il l’ouvre davantage aux autres. D’ailleurs, son entourage est vite trouvé : il côtoie les amies (enfin, collègues) de son père et voit ses journées rythmées aux scènes tournées à la maison (oui, c’est littéralement du « fait maison »)
Aussi, lorsqu’il fait la connaissance de Nina, il est contraint de sortir de sa zone de confort d’autant que la jeune femme est une féministe convaincue et porte un regard très critique sur le porno qu’elle juge avalisant pour l’image de la femme. Nina pousse Alec dans ses derniers retranchements et sait qu’il devra se mettre à nu pour exprimer ses sentiments mais aussi ses désirs, et pas forcément sur le plan sexuel. Une démarche difficile, qui l’expose assurément mais qui est essentielle pour gagner en maturité et en lucidité.
Présenté ainsi, Truly naked serait vu comme voyeuriste et assez trash, ce qui n’est pas inexact. Cependant, passé cette idée reçue et cette appréhension, le long-métrage de Muriel d’Ansembourg se veut bien plus poétique et bienveillant notamment sur un ado en quête de repères, comme pour nous rappeler que l’amour subsiste encore.
Truly naked
Un film de : Muriel d’Ansembourg
Avec : Caolán O’Gorman, Andrew Howard, Alessa Savage, Safiya Benaddi…
Pays : Pays-Bas
Genre : Drame
Durée : 1h42
Sortie : le 15 avril
Note : 14/20



