[CANNES 2026] Fjord : éducations et principes

Après Cannes, c’est encore Cannes ! 

Alors que le tapis rouge a été rangé et que le rideau s’est refermé sur la Croisette, UGC propose, du 23 au 26 mai puis du 27 mai au 2 juin une sélection de films qui ont été présentés lors de la 79ème édition du Festival de Cannes. Une large palette de films à découvrir dans les prochaines semaines et notamment la Palme d’Or. Une façon de prolonger la magie ! 

A propos de Palme d’Or, j’ai eu l’occasion de faire partie des premiers spectateurs qui ont vu Fjord. Le film sort le 19 août prochain.

Si vous êtes, comme moi, parents, vous savez ce que cela implique d’élever un enfant. On l’éduque le plus souvent suivant les principes que nous avons nous-même reçus plus jeune, dans la perspective d’en faire des personnes respectables et droits. Pour certains, cela implique une certaine discipline, voire une rigueur particulièrement forte. Cependant qu’en est-il quand cette manière rigueur, cette « éducation à la dure » met en danger les dits enfants ? Et surtout que faut-il faire ? La société doit-elle intervenir ? C’est toute la trame du film de Cristian Mungiu. 

Nous sommes à Alesund en Norvège. Mihai et Lisbet Gheorghiu, un couple roumano-norvégien s’installe dans le village natal de madame avec leurs cinq enfants. Cette famille très pieuse fait partie d’une congrégation évangélique et se base sur les préceptes de la Bible pour éduquer leurs gamins. Parallèlement, elle se lie d’amitié avec les Halberg, leurs voisins. Si, au départ, personne ne trouve rien à redire sur l’éducation traditionnelle qu’ils inculquent à leur progéniture, la situation bascule lorsque un membre du personnel scolaire découvre des traces de coups sur Elia, la fille aînée du couple. Très vite, Mihai et Lisbet sont accusés de violences à l’égard de leurs enfants et très vite, la machine s’emballe, entrainant tout le monde dans le chaos. 

Fjord raconte une confrontation, celle de deux visions de l’éducation, respectivement portées par les Gheorghiu d’un côté et la société norvégienne de l’autre. Deux visions qui s’opposent clairement et qui ne se comprennent pas surtout. En effet, Mihai et Lisbet considèrent qu’ils sont dans leur bon droit, celui d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions religieuses, considérant que le monde extérieur comme corrompu et qu’il convient de les protéger en leur transmettant de forts principes moraux, ce qui se traduit par l’enseignement de valeurs très conservatrices, pour ne pas dire radicales. 

Un point de vue que ne partage la société norvégienne, notamment l’Aide à l’enfance qui a été saisie, suite au signalement de l’école, et qui considère que les Gheorghiu nuisent au bien-être de leurs enfants en leur privant de tout esprit critique. Son rôle étant de les protéger, elle estime qu’elle doit faire de tout ce qui est de son pouvoir dans l’intérêt d’Elia et de ses frères et sœurs. 

Dès lors, un bras de fer s’engage entre cette famille pieuse et l’institution et plus largement entre deux visions de l’éducation familiale, entre tradition et conservatisme d’un côté, progressisme et ultra-bienveillance de l’autre. Dans cette confrontation, Cristian Mungiu semble mettre dos à dos les deux conceptions en montrant les excès des uns et des autres. Excès du côté des parents et notamment du père qui utilise la machine médiatique pour diaboliser l’Aide à l’enfance et en filigrane, la société norvégienne, excès du côté de l’État norvégien qui, au nom de l’intérêt supérieur des enfants, lance, sans nécessairement s’en rendre compte, un rouleau-compresseur sur une famille dont on estime qu’elle constitue une menace, une menace à éradiquer, coûte que coûte. Dans ces conditions, le chaos semble inéluctable, et le compromis, une chimère. 

Avec 2h28 au compteur, Fjord m’a laissé perplexe. Non pas que le long-métrage ne soit pas intéressant, au contraire, mais difficile de le trouver convaincant au point qu’il mérite la Palme d’Or. C’est d’autant plus problématique à mon sens que la prestation de Sebastian Stan ne passe pas inaperçue, l’acteur roumano-américain s’illustrant dans un registre bien différent du MCU. Un long-métrage qui, au final, refuse clairement de penser, sauf à penser selon certains que Mungiu s’attaque davantage aux excès de l’éducation nordique qui se veut très bienveillante, voire ultra-bienveillante, au nom de la liberté pour chacun d’élever sa famille suivant ses préceptes. 

Chacun se fera son opinion, la mienne est déjà faite ! 

Bande annonce à venir

Fjord

Un film de : Cristian Mungiu

Avec : Sebastian Stan, Renate Reinsve, Alin Panc, Lisa Carlehed, Ellen Dorrit Petersen, Lisa Loven Kongsli, Henrikke Lund-Olsen…

Pays : Roumanie

Genre : Drame

Durée : 2h28

Sortie : le 19 août

Note : 13/20

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