Étudions un cas. Vous êtes salarié dans une grande entreprise. Plutôt sérieux mais pas suffisamment pour qu’on vous considère et donc vous respecte. Surtout des yeux de votre nouveau patron, un petit jeune aussi charismatique qu’arrogant et suffisant. Une situation que vous devez subir sauf si le destin vous sourit de la façon la plus ironique et cruelle possible.
C’est justement ce qui arrive à Linda Liddle. Analyste au service « Stratégie et Planification » d’une grande entreprise, elle est promise à un poste plus haut gradé et surtout rémunérateur. C’est sans compter sur Bradley Preston, le fils du patron de l’entreprise qui reprend les rênes de celle-ci suite aux décès de son paternel. Bien décidé à se débarrasser de Linda, il souhaite néanmoins user de ses compétences et de sa naïveté jusqu’à la moelle. C’est dans ce cadre qu’elle l’accompagne à Bangkok afin de réorganiser une de leurs agences. Cependant, l’avion qui les emmène en Thaïlande a un accident et disparaît dans l’océan. Seuls rescapés Linda et Bradley doivent unir leurs forces pour mieux survivre dans un environnement hostile. En théorie, car dans la pratique, tous les coups sont permis pour savoir qui va prendre le dessus sur l’autre.
Vous connaissez cette fameuse maxime de Jean-Paul Sartre, maintes fois galvaudée (y compris par votre serviteur), « l’enfer c’est les autres ». Cette (trop) célèbre citation pourrait s’appliquer sans aucun mal pour notre histoire tant les coups tordus et coup de pu** sont légions !
En effet, tout juste naufragés, Linda et Bradley s’affrontent façon lutte des classes mais avec de nouvelles règles du jeu. Fini la Linda un peu effacée, qui n’était pas respectée par son patron, place à la Linda sûre d’elle, et surtout experte en survie. Plus qu’un détail, c’est un avantage comparatif décisif pour la suite, elle qui a postulé au passage pour participer à Koh-Lanta (Survivor dans la version originale). Tout le contraire de Bradley, fils de riche et surtout un homme qui se distingue par son arrogance, sa condescendance et même sa cruauté d’une certaine manière mais qui, au fil du récit, semble bien peu débrouillard.
Entre ces deux tempéraments, le clash est inévitable, il est surtout hilarant. Les deux semblent déterminés à en découdre et il faut dire que l’environnement dans lequel ils sont contraints de (sur)vivre y contribue largement. Manipulations, méfiance réciproque et stratégie… voilà les ingrédients d’un cocktail explosif qui se savoure avec délice, malgré quelques passages un peu trash.
Et le monde du travail, c’était Koh-Lanta ? C’est en filigrane le message que nous envoie Send Help, une comédie noire, trash mais assez jouissive au final. Au point qu’on pense à Denis Brognart et à son fameux « A la fin, il n’en restera qu’un » ! 😉
Send help
Un film de : Sami Raimi
Avec : Rachel McAdams, Dylan O’Brien, Edyll Ismail, Dennis Haysbert, Xavier Samuel…
Pays : Etats-Unis
Genre : Epouvante-horreur, Comédie, Thriller
Durée : 1h53
Sortie : le 11 février
Note : 15/20




J’aime beaucoup l’angle que tu choisis avec cette idée de lutte des classes version île déserte. Le parallèle avec Sartre et Koh-Lanta est bien vu, parce que le film joue clairement sur ce renversement de pouvoir une fois le vernis social arraché.
Là où je te rejoins totalement, c’est sur la dynamique entre Linda et Bradley : sur le papier, c’est un terrain de jeu parfait pour une comédie noire bien méchante. Ce face-à-face patron / employée, transposé dans un contexte de survie, avait un potentiel jubilatoire.
De mon côté, dans ma propre critique, j’ai peut-être été un peu plus réservé sur l’équilibre global. J’ai trouvé que le film alternait entre vraies fulgurances hilarantes et passages plus étirés, moins mordants qu’ils auraient pu l’être. Mais quand ça fonctionne, ça fonctionne vraiment — notamment dans les scènes où le rapport de force s’inverse brutalement.
En tout cas, ton approche met bien en valeur ce que le film raconte en creux sur le monde du travail. Et rien que pour ça, il mérite qu’on en débatte.
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