Les rayons et les ombres : collaborer au nom du pacifisme

Comment passe-t-on du pacifisme sincère et actif à la collaboration tout aussi sincère et active ?

Vaste question qui nous ramène à la rencontre d’un homme qui, emporté par son idéal mais aussi une amitié indéfectible s’est progressivement fourvoyé dans les abîmes de l’Histoire et qui est le sujet du nouveau film de Xavier Giannoli. 

Tout commence à la fin des années 1920. Jean Luchaire, journaliste et directeur du quotidien Notre temps est un pacifiste convaincu. Marqué par la Première Guerre mondiale, il milite pour mettre la guerre hors-la-loi, à l’instar du combat d’Aristide Briand. Avec son ami, l’Allemand Otto Abetz, il tente d’éveiller les consciences et ce, sans relâche. Cependant, et au nom de ce pacifisme qui est de plus en plus illusoire, les deux amis sombrent progressivement dans la Collaboration quand éclate la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation. Parallèlement, Corinne, la fille de Jean mène sa carrière d’actrice et devient un faire-valoir de son père. 

Comment passer du pacifisme à la collaboration ? Je repose volontairement la question tant elle est essentielle pour comprendre pourquoi deux hommes cultivés et militants ont progressivement sombré dans l’inacceptable. Sans doute étaient-ils emportés par leur idéal, celui d’une Europe sans guerre et en paix perpétuelle, peu importe qu’elle soit dominée par des régimes autoritaires pour ne pas dire fascistes. 

C’est en effet, au nom de cet idéal que Luchaire et Abetz s’engagent peu à peu dans cette voie sans issue. Pour éviter la guerre, il faut s’accommoder de certaines choses, quitte à se compromettre davantage. C’est notamment le cas pour Abetz qui porté par son amour pour la France, voit en celui-ci un justificatif pour adhérer progressivement aux idées nazies après les avoir, dans un premier temps combattu.

C’est également au nom de ce pacifisme que Luchaire s’aveugle progressivement de la situation. Face à la montée des périls, il ne réagit pas ou plutôt il fait preuve d’un manque de lucidité, préférant mener sa vie faite de grands plaisirs et de dépenses à tout va. Une sorte de mise en abîme alors que dans le même temps, Corinne subit davantage qu’elle ne vit cette période. 

Destins croisés face à la collaboration, Jean et Corinne Luchaire mais également Otto Abetz résument assez bien ce changement de paradigme durant la Seconde Guerre mondiale, ce qui les rend en réalité assez complexes. Complexes dans le sens où au nom d’un idéal, ils ont préféré s’aveugler davantage plutôt que de se montrer lucides, ce qui rend Les rayons et les ombres très intéressant à visionner, malgré les 3h19 au compteur. Trois heures et dix-neuf minutes qu’on sent curieusement pas (trop) passer et qui sont pertinentes pour mieux comprendre les trajectoires de chacun. 

Les rayons et les ombres

Un film de : Xavier Giannoli

Avec : Jean Dujardin, Nastya Golubeva-Carax, August Diehl, André Marcon, Anna Prochniak, Philippe Torreton…

Pays : France

Genre : Drame, Historique

Durée : 3h19

Sortie : le 18 mars

Note : 16/20

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