« Quand vous allez voir « Dune », vous financez « L’histoire de Souleymane » »

C’est désormais un rituel, moi qui au départ le prenait comme un plaisir coupable. Comme chaque année, j’ai suivi la traditionnelle cérémonie des César, une soirée qui s’est exceptionnellement tenue un jeudi en lieu et place d’un vendredi, afin que Canal + ne vienne pas concurrencer le concert des Enfoirés diffusé ce vendredi sur TF1. 

Un accord tacite de non-agression qui est appréciable et qui est assez rare pour être souligné mais qui n’a retiré en rien à l’ambiance hier soir à l’Olympia. Niveau ambiance justement, il faut dire qu’il y a eu du mieux voire du bien mieux avec un Benjamin Laverhne en maitre de cérémonie plus que convaincant. Sous les yeux de Jim Carey, venu pour recevoir un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, le pensionnaire de la Comédie française a fait le job en faisant juste ce qu’il faut, c’est-à-dire, ni trop ni assez, rendant la prestation agréable à voir. 

Une soirée qui a fut plus feutrée que les précédentes même si la politique n’était jamais très loin, comme l’a rappelé avec subtilité Camille Cottin. La présidente de la 51ème cérémonie a, en effet, dans son discours d’introduction, rappelé tout l’importance du cinéma dans toutes ses formes dans un contexte politique et international de plus en plus incertain, pour ne pas dire anxiogène. L’occasion également de rappeler tout l’intérêt et l’importance de notre modèle et plus largement de notre exception culturelle qui permet de financer des long-métrages comme L’Histoire de Souleymane quand on va voir Dune, le dernier blockbuster américain. Un modèle unique que certains, sous prétexte d’efficacité ou de contre-attaque à l’égard d’un prétendu wokisme, veulent purement et simplement abolir (coucou le RN ! Coucou Sébastien Chenu !)

Une soirée qui a fait la part belle à une certaine folie avec une intervention hilarante d’Alison Wheeler (qui a rhabillé l’abbé Pierre pour l’hiver au passage) mais aussi à Jim Carey donc. Si l’acteur ne tourne plus depuis un moment, le comédien canado-américain a reçu l’hommage qu’il méritait, se payant même le luxe de s’adresser à l’assistance quasi-exclusivement en français, un geste que j’ai apprécié et qui est rare pour être souligné, de la part des gens d’Hollywood ! 

Niveau palmarès, beaucoup de films furent attendus notamment L’inconnu de la Grande ArcheLa petite dernière ou encore Nouvelle vague, nominé dans dix catégories à lui seul sans oublier L’Étranger. Un palmarès qui a réservé son lot de surprises mais pas forcément là où on attendait. Ainsi, si Nouvelle Vague a effectivement reçu le César de la meilleur réalisation, celui des meilleurs costumes mais également ceux du meilleur montage et de la photo, c’est au bout du compte L’attachement qui a tiré son épingle du jeu devenant même, par l’occasion le grand gagnant de la soirée. Le film de Carine Tardieu décroche le César de la meilleure adaptation, celui de la meilleure actrice dans un second rôle mais aussi et surtout le César du meilleur film. N’ayant (encore) pas vu le film, difficile de me faire une opinion mais je n’en demeure pas moins surpris quand je pensais que ce prix devait aller à Nouvelle Vague

Un tableau final qui fait que si des films comme La petite dernière ou encore Un ours dans le Jura sont arrivés à se distinguer d’autres sont repartis pratiquement bredouilles comme L’Étranger qui n’a décroché qu’une distinction, le César du meilleur acteur dans un second rôle pour Pierre Lottin. Un lot de consolation sans doute mais un super lot au final pour l’acteur qui démontre qu’il peut faire autre chose et cela, c’est très agréable. 

En clair, une édition 2026 assez plaisante à regarder bien aidée par la prestation plus que convaincante de Benjamin Laverhne. Comme quoi, tout vient à point à ce qui sait attendre et ne désespère pas !

Laisser un commentaire