Promis le ciel : la Tunisie, nouvelle terre d’immigration ?

Quand on parle d’immigration, on pense tout bonnement aux flux entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb d’un côté et l’Europe de l’autre. Cependant, on pense moins aux flux migratoires qui existent au sein même du continent africain, que cela soit dans le sens, Afrique centrale – Afrique australe ou encore entre l’Afrique noire et l’Afrique du nord. 

Cette migration, encore méconnue, est au cœur du nouveau film d’Erige Sehiri. Nous sommes à Tunis. Dans la capitale tunisienne, Marie, une ancienne journaliste devenue pasteure évangélique, s’occupe de la communauté ivoirienne installée dans le pays. Dans son appartement, elle accueille Naney, une jeune mère qui a tout quitté pour espérer une vie meilleure et Jolie, une étudiante en qui sa famille, restée au pays, a placé tous ses espoirs. Le foyer s’agrandit lorsque les trois femmes recueillent Kenza, 4 ans, rescapée d’un naufrage. Si l’arrivée de la fillette se fait sans difficulté, elle intervient néanmoins dans un contexte social particulièrement tendu et dans lequel, les migrants subsahariens sont pris pour cible. Parallèlement, Marie enquête auprès de son réseau pour retrouver les parents de Kenza. 

Comme je l’indiquais, Promis le ciel nous parle d’une réalité assez peu connue, celle des migrations au sein même du continent africain. Marie, Naney et Jolie représentent cette immigration ivoirienne qui a tout quitté pour tenter sa chance en Afrique du nord et tout particulièrement au Maghreb. Au sein de la communauté, ils s’entraident, prient ensemble et tentent, tant bien que mal, de s’intégrer dans une société et un pays qui peine encore à les accueillir comme il se doit. 

En effet, les préjugés – notamment racistes – ont la vie dure et comme chez nous, Marie, Naney et Jolie n’y échappent pas. Face aux rumeurs, fake news et brimades, elles veulent avant tout rester dignes et surtout ne pas lâcher. Pour elles, la Tunisie, c’est une nouvelle terre des possibles, mais aussi la promesse de s’en sortir. C’est aussi une autre promesse, celle de ne pas décevoir celles et ceux qui sont restés au pays et qui ont misé sur vous et votre réussite. C’est notamment le cas de Jolie, cette jeune étudiante qui doit trouver sa place au sein de la jeunesse tunisienne. 

Un combat qui demeure malgré tout ambitieux et ce, dans une Tunisie qui se cherche encore et toujours. Comme en Algérie, au Maroc ou encore en Égypte, le rejet de l’autre demeure et l’étranger sert de bouc-émissaire à la moindre occasion. Dans ce contexte, Marie, Naney et Jolie savent que la lutte est inégale mais qu’elles n’ont de toute façon pas d’autres options. 

Porté par une Aïssa Maïga rayonnante et touchante, Promis le ciel lève un tabou, celui du racisme au sein de l’Afrique et entre Africains. Un tabou qui s’est rappelé à nous lors de la finale de la dernière Coupe d’Afrique des Nations entre le Sénégal et le Maroc mais un tabou qui ne doit surtout pas dédouaner les racistes bien de chez nous qui en profiteraient pour minimiser leur haine de l’autre, voire la justifier. Une façon pour Erige Sehiri de rappeler que le destin du Maghreb et de l’Afrique noire est plus que jamais commun. 

Promis le ciel 

Un film de : Erige Sehiri 

Avec : Aïssa Maïga, Deborah Christelle Lobe Naney, Laetitia Ky, Estelle Kenza Dogbo, Foued Zaazaa…

Pays : France/Tunisie

Genre : Drame

Durée : 1h33

Sortie : le 28 janvier

Note : 14/20

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