Le mage du Kremlin : l’homme qui murmurait à l’oreille de poutine

Les conseillers en communication politique. Des hommes (ou femmes) de l’ombre qui semblent, à première vue insignifiants mais dont on soupçonne que trop peu leur aura voire leur influence. Des gens qui, par leur intelligence ou leur cynisme (c’est selon) peuvent marquer de leur empreinte le cours de l’Histoire, on le voit notamment avec un certain Steve Bannon aux Etats-Unis. 

Vladimir Poutine n’est pas en reste, lui qui dirige la Russie d’un homme de fer depuis plus de 25 ans désormais. Toutefois, son ascension n’aurait pas été complète ni compréhensible sans le rôle déterminant d’un homme qui est le point de départ de notre histoire. Tout commence à la fin des années 1980 et dans la décennie qui suit. Vadim Baranov, fils d’un cadre communiste, tente de se trouver une place dans une URSS qui vacille. Lorsque cette dernière implose finalement et qu’émerge la Fédération de Russie, il se lance dans la téléréalité et rencontre du succès. C’est dans cette optique, et après avoir brièvement conseillé le président Boris Eltsine, qu’il est appelé par un magnat des médias. Ce dernier souhaite qu’il s’occupe de l’image d’un certain Vladimir Poutine, alors directeur du FSB, les services secrets russes, successeur du KGB. Dans un contexte marqué par un chaos pesant, Vadim fait de Poutine, un homme en apparence terne et effacé, un homme d’État particulièrement puissant, restant à ses côtés durant plusieurs années. 

Comment on façonne Vladimir Poutine ? C’est la question qui est posée en filigrane lorsqu’on découvre la trajectoire de Baranov, un personnage fictif inspiré de Vladislav Sourkov, l’un des fondateurs de Russie Unie, le parti quasi-unique du maitre du Kremlin. Baranov est un homme en apparence en second plan, peu bavard mais qui observe. Il observe beaucoup d’ailleurs cette Russie qui sombre en plein désordre et qui peine à retrouver sa grandeur passée, ce qui a un impact sur l’opinion et la scène internationale, en témoigne la présidence plus que navrante, selon certains, de Boris Eltsine. Une situation qui n’est pas acceptable (c’est le cas de le dire) pour les oligarques, ces nouveaux riches qui ont profité du démantèlement du régime soviétique pour s’en faire plein les poches. 

Pour continuer sur cette voie, encore faut-il un homme sur qui on pourra exercer une influence mais également raconter un récit. C’est là qu’intervient Baranov qui met au service de Poutine, son intelligence et son côté stratège. Progressivement, il fait de cet homme considéré avec un certain dédain par l’Occident, un véritable Tsar bien déterminé à remettre la Russie au centre de l’échiquier mondial. 

Toutefois, Baranov n’a-t-il pas fait de Poutine, quelqu’un d’incontrôlable au final ? C’est que sous-entend le film tout du long, même si c’est un peu plus subtil. Toujours est-il qu’on reste interloqué par l’influence de cet homme de l’ombre qui d’une certaine manière, par sa vision de la Russie, a redessiné le poids de cette dernière, avant de tomber en disgrâce. 

Malgré quelques pesanteurs, Le mage du Kremlin demeure implacable, porté par la prestation de haut vol de Paul Dano, qui éclipse même celle de Jude Law incarnant Poutine. C’est sans doute l’effet recherché par Olivier Assayas. Le pouvoir ne s’exerce pas forcément là où on pense ! 

Le mage du Kremlin (The wizard of the Kremlin)

Un film de : Olivier Assayas

Avec : Paul Dano, Jude Law, Alicia Vikander, Jeffrey Wright, Tom Sturridge…

Pays : France

Genre : Thriller

Durée : 2h25

Sortie : le 21 janvier

Note : 16/20

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