Furcy, né libre : (S’)affranchir

Abd Al-Malik est un auteur et un cinéaste qui a toujours aimé la France et qui n’hésite pas à la regarder dans les yeux, même lorsqu’il évoque des épisodes sensibles comme douloureux de notre histoire. L’esclavage en fait partie, un sujet d’ailleurs déjà évoqué sur grand écran. 

Ce que personne (ou presque) ne connaissait en revanche, c’est l’histoire de Furcy Madeleine qui, durant plusieurs années, s’est battu pour obtenir reconnaissance et réparation. Tout commence sur l’île de la Réunion en 1817. A la mort de sa mère, Madeleine, ce dernier découvre les documents d’affranchissement de cette dernière. Ces pièces sont primordiales car elles pourraient faire de lui un homme libre. Il décide alors de poursuivre son métier, un riche propriétaire terrien, pour faire valoir ses droits. Sa démarche, inédite, rencontrera des résistances mais aussi un soutien de la part des milieux abolitionnistes. Durant plusieurs années, Furcy n’abandonnera pas son combat pour ce qu’il considère comme du bon sens. 

Avant 1848 et la fin définitive de l’esclavage, le Code Noir régissait les relations entre les esclaves et leurs maitres. Un recueil de textes particulièrement dur et indigne sur le plan humain, ne laissant aucune place à l’honneur et à l’humain. Lorsque Furcy découvre que sa mère fut affranchie, c’est d’abord la stupéfaction. Elle qui a vécu jusqu’à la fin de sa vie dans le domaine de son ancien maitre, fut en réalité déjà libre. Cependant, pas le temps de s’interroger. Furcy, qui est éduqué et conscient de ses droits, décide alors de mener un combat pour obtenir gain de cause. 

Un combat pour lequel, vous vous en doutez, il aura pas mal de fil à retordre et pour lequel, on se dit que c’est perdu d’avance. Comment un noir, un nègre comme osent dire certains, pourrait obtenir justice de la part des blancs ? Comment faire jurisprudence dans une société qui considère l’esclave non pas comme un être humain mais bel et bien comme un meuble ? (si, si, cela a existé notamment dans ce fameux et tristement célèbre Code noir !) 

Alors Furcy devra se battre mais surtout garder sa lucidité lorsque tout semble aller contre lui ou quand on lui demande de renoncer. Une option qui n’en est tout simplement pas une pour Furcy, car renoncer, c’est d’une certaine manière, se renier. 

Film marquant malgré quelques passages difficiles, porté par la prestation majeure de Makita Samba, Furcy, né librerend hommage à cet homme méconnu de l’histoire de l’esclavage mais également à une certaine idée de la France, celle des Lumières et qui nous rappelle que l’universalisme et l’égalité entre les hommes popularisés lors de la Révolution française, ne peuvent être compatibles avec une société qui fait de la servitude un mode de vie. Un film qui nous rappelle que notre Histoire n’est ni belle, ni moche, c’est notre Histoire tout simplement

Furcy, né libre

Un film de : Abd Al-Malik

Avec : Makita Samba, Romain Duris, Ana Girardot, Vincent Macaigne, Phillipe Torreton, Liya Kebede, Frédéric Pierrot, André Marcon…

Pays : France

Genre : Biopic, Drame

Durée : 1h49

Sortie : le 14  janvier

Note : 14/20

Laisser un commentaire