Dans tout régime démocratique qui se respecte et dans tout État de droit digne de ce nom, il existe des contre-pouvoirs institutionnels qui ont pour mission de contrôle le travail de celles et ceux qui sont censés faire respecter la loi. Chez nous, c’est l’Inspection Générale de la Police Nationale, plus connue sous son sigle IGPN ou encore sous son surnom, « la Police des Polices ». Une institution qui est censée vérifier si le travail des agents a été correctement effectué ou non, et donc dans ce cas, procéder à des sanctions.
C’est précisément le boulot de Stéphanie. Nous sommes en 2018, au plus fort de la crise des Gilets Jaunes. Suite aux débordements qui ont touché la capitale et plus précisément, l’avenue des Champs-Élysées, elle enquête sur des policiers mis en cause pour avoir utilisé leur LBD contre un jeune manifestant. Elle doit déterminer les responsabilités de chacun. Toutefois, ce qui devait être un simple dossier – le dossier 137 – devient bien plus qu’une enquête lambda. En effet, le jeune manifestant grièvement blessé est originaire, comme elle, de Saint-Dizier, dans la Haute-Marne.
Quand la police doit rendre des comptes, du moins en théorie. C’est la mission et la raison d’être de l’IGPN qui doit déterminer si les agents mis en cause ont utilisé de manière proportionnée ou non la force à l’encontre d’individus qu’ils ont estimé menaçants. Pour ce faire, Stéphanie doit écouter les deux versions et analyser en profondeur, avant d’enclencher ou non une procédure.
La démarche est toutefois sensible, pour ne pas dire très sensible car Stéphanie, même si elle est inspectrice, demeure flic. Enquêter sur ses collègues et évaluer leurs actions, cela reste mal vu de la part de ses collègues qui s’estiment jugés, mis à l’index. Ce sentiment est d’autant plus vif que les forces de l’ordre sont particulièrement mobilisés durant la crise des Gilets Jaunes. Les policiers mis en cause acceptent très mal que l’IGPN remette en cause leur professionnalisme, contribuant ainsi, selon eux, à distiller la haine de la police au sein de la population. Pour eux, l’IGPN doit traquer leurs collègues ripoux et non les sanctionner pour avoir effectué un tir de LBD contre un manifestant, considérant qu’ils ne faisaient que leur boulot !
Cependant, que faire lorsque des policiers ont outrepassé leurs prérogatives ? Que faire lorsqu’un jeune d’une vingtaine d’années se retrouve durablement amoché par un tir de LBD, un tir qui aurait pu lui être mortel ? L’IGPN, c’est un peu l’espoir de ces femmes et hommes qui, face à la police et à certains policiers, se sentent démunis et surtout ignorés. De son côté, Stéphanie sait pertinemment que si certains de ses collègues s’affranchissent des règles et de la loi, c’est l’institution elle-même qui risque d’être déconsidérée davantage.
Aussi, c’est un fragile équilibre sur lequel Stéphanie s’appuie pour déterminer le vrai du faux et surtout les responsabilités de chacun. Avec un dilemme ou du moins une question cornélienne : protéger (malgré elle) l’institution au risque de saper la confiance des citoyens ou placer ses collègues face à leurs responsabilités au risque de se mettre à dos sa hiérarchie et davantage ?
Filmé assez justesse et réalisme, Dossier 137 ne cherche pas à donner les bons comme les mauvais points vis-à-vis de la police et de l’IGPN en particulier. Dominik Moll se concentre plutôt sur le positionnement d’une femme qui est confrontée à une situation particulière et qu’on attend d’elle qu’elle rende justice. Sans se renier (totalement) ?
Dossier 137
Un film de : Dominik Moll
Avec : Léa Drucker, Guslagie Malanda, Mathilde Roehrich, Stanislas Merhar, Théo Navarro-Mussy, Théo Costa-Marini…
Pays : France
Genre : Policier
Durée : 1h56
Sortie : le 19 novembre
Note : 14/20



