Quand un couple attend un enfant, c’est toute une organisation et une manière de vivre qui est chamboulée, et c’est d’autant plus vrai lorsque vous attendez votre premier enfant (je sais, je suis bien placé pour le savoir ^^’)
Qu’en est-il néanmoins dans un couple lesbien ? Nous sommes au printemps 2014 à Paris. Alors que la loi Taubira instaurant le mariage et l’adoption pour les homosexuels a été adoptée l’année précédente par l’Assemblée nationale, Nadia et Céline attendent de leur côté un heureux événement, à un détail près. C’est Nadia qui porte leur fille. Une situation particulière pour Céline qui, si elle s’apprête à devenir mère, doit trouver sa place et sa légitimité dans la famille qu’elle construit. Cela est d’autant plus important qu’elle et sa femme ont entrepris les démarches pour que Céline adopte son enfant.
Céline va donc être maman mais ce n’est pas elle qui porte la grossesse, du moins cette fois-ci. Une situation assez spéciale qui met la jeune régisseuse du son dans quelque chose de particulier. Si elle est évidemment heureuse de devenir parent et de concrétiser ce projet avec Nadia, il n’en demeure pas moins qu’elle se trouve en décalage. Elle n’est pas enceinte, n’a pas de connexion avec sa fille et ne sait pas trop sur quel pied danser. Un contexte qui pourrait très bien concerner les hommes si on y pense, à la différence qu’ils sont les géniteurs directs. Comme Céline, nous n’avons pas de connexion directe avec notre futur enfant et comme Céline, nous avons une place à trouver.
Ce qui fait qu’on se retrouve aisément dans le personnage de Céline et que Des Preuves d’amour ne parle pas d’un couple lesbien qui va avoir un enfant. C’est en effet plus subtil que cela, ce qui permet au film de se démarquer. Céline, en tant que future parent, sait qu’elle ne vit pas les mêmes choses que sa compagne, c’est comme si elle était un impostrice. Elle a beau demander à ses proches, à sa belle-famille comment ils ont géré cette nouvelle donne, rien n’y fait !
C’est d’autant le cas qu’en réalité, cette future naissance la ramène à sa propre enfance et à sa relation avec sa propre mère, une pianiste mondialement connue et constamment en tournée mais avec qui les rapports sont complexes, pour ne pas dire compliqués. Pourtant, c’est en affrontant cette mère que Céline devra trouver ses propres réponses et faire face à ses propres interrogations.
Film mélancolique mais aussi drôle à certains moments, Des Preuves d’amour nous parle, comme je l’ai indiqué, des parentalités plutôt que d’homoparentalité, ce qui fait qu’il parle à pratiquement tout le monde. Un long-métrage habilement porté par Monia Chokri et Ella Rumpf qu’on a pu apercevoir l’année dernière dans Le Théorème de Marguerite.
Des preuves d’amour
Un film de : Alice Douard
Avec : Ella Rumpf, Monia Chokri, Noémie Lvovsky, Emy Juretzko, Julien Gaspar-Olivieri…
Pays : France
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h37
Sortie : le 19 novembre
Note : 16/20




