La vie politique est marquée de moments qui forgent l’Histoire et plus largement, le destin de tout un pays. Il suffit en effet d’un homme ou d’une décision qui engage tout un peuple pour voir son évolution aller d’un sens comme de l’autre.
Enrico Berlinguer fait partie de ces responsables politiques qui ont marqué l’histoire de leur pays. Tout commence en 1973. Berlinguer est le secrétaire général du Parti Communiste Italien, le PCI. A l’époque, c’est une puissante formation, le premier parti politique transalpin, voire du bloc de l’Ouest. Alors que sa position fait de lui, un sérieux candidat au pouvoir, le chef communiste décide de prendre une voie alternative. Il estime en effet que l’idéal socialiste ne peut s’épanouir que dans un cadre démocratique, garantie de toutes les libertés et garantie de prospérité. Cette orientation n’est pas du goût de Moscou qui voit en Berlinguer, un homme déviant pour ne pas dire dissident. Déterminé à poursuivre dans cette direction, ce dernier est prêt à tout pour mener son but, quitte à risquer sa vie.
Enrico Berlinguer est un nom qui vous sera probablement inconnu en France mais chez nos voisins italiens, c’est tout le contraire. En effet, et comme on l’a dit, Berlinguer était dans les années 1970, le chef de file du PCI, qui à l’époque totalisait près de 25% des suffrages et comptait dans ses rangs environ 1,5 million d’adhérents, un chiffre à faire mourir d’envie tout dirigent de gauche aujourd’hui !
Dans une Italie marquée à la fois par des crises multiples et le terrorisme mené par les Brigades rouges, l’orientation que souhaite mener Berlinguer est assez iconoclaste. S’il demeure attaché à l’idéal socialiste et qu’il reste un homme de conviction, fidèle à ses valeurs et principes, il demeure conscient du fait que le communisme ne pourra jamais s’imposer de façon autoritaire, à l’instar de ce qui se passe dans les pays du bloc de l’Est. Aussi, charge pour lui de trouver un processus, une voie qui respecte le cadre légal et qui pourrait faire de son pays, le premier communiste démocratiquement parlant.
Cette voie, c’est celle du « compromis historique », cette offre qu’il formule à la Démocratie Chrétienne menée par Aldo Moro. Une stratégie audacieuse, courageuse pour l’époque, qui ne fait que confirmer la rupture avec Moscou mais qui n’est pas sans risque. En effet, certains s’interrogent sur la nécessité de passer des accords majeurs avec la droite italienne. Qui plus est, cette main tendue ne risque-t-il pas de mettre en porte à faux, les communistes italiens et leur leader charismatique, dans un contexte marqué par une situation économique comme politique rude ? Une question pertinente qui ne manquera pas d’être posée à Berlinguer mais qui ne le fera pas dévier de sa grande ambition.
Berlinguer, la grande ambition nous dresse un portrait assez complet du leader du PCI, un homme simple, cultivé mais resté constent dans ses convictions pour son pays mais également son parti. Si certains parleront – déjà – de renoncement idéologique, d’autres salueront son pragmatisme et réalisme. Un courage qui lui sera bien rendu notamment lors de sa mort soudaine en 1984 où plus d’un million de personnes se rendra à ses obsèques. Quant au PCI, il évoluera progressivement pour devenir les Démocrates de gauche en 1992 puis l’actuel Parti démocrate italien, effaçant au passage toute référence au communisme.
Berlinguer, la grande ambition (Berlinguer, la grande ambizione)
Un film de : Andrea Segre
Avec : Elio Germano, Stefano Abbati, Francesco Acquaroli, Roberto Citran…
Pays : Italie
Genre : Biopic
Durée : 2h03
Sortie : le 8 octobre
Note : 14/20




