Nabil Ayouch est un cinéaste franco-marocain que j’apprécie, le plus souvent en raison de ses prises de positions et de son regard, sans concession sur le Maroc. Il y a neuf ans d’ailleurs, il avait réalisé Much Loved, un film marquant sur la prostitution dans son pays d’origine, ce qui lui avait valu des menaces de la part de quelques excités, au point de perturber l’avant-première à l’UGC Ciné Cité des Halles, je m’en souviens encore !
Quelques années et long-métrages plus tard – dont Haut et fort sorti en 2021 et que je n’ai toujours pas eu l’occasion de voir – le revoici avec un nouveau portrait de femme. Nous sommes dans les montagnes de l’Atlas. Touda est une mère célibataire d’une trentaine d’années et qui rêve de devenir une Cheika. Une Cheika, c’est une artiste qui se produit dans des cabarets dans lesquels elle chante des textes d’amour, de résistance et d’émancipation en toute liberté. Elle se produit tous les soirs dans les bars de son village sous le regard intrigué et envieux des hommes. Caressant l’espoir d’une vie meilleure, elle décide de quitter l’Atlas pour Casablanca, la métropole. Malgré son absence de relations et plusieurs handicaps, elle reste déterminée à réaliser son rêve.
Touda est une femme debout dans le sens où malgré les épreuves et les difficultés, elle est bien motivée à sortir de sa condition. En effet, en tant que mère célibataire, elle est mal vue et souvent déconsidérée pour ne pas dire méprisée. En outre, avec un fils atteint de surdité, Touda sait que l’horizon est bouché, surtout quand on considère le handicap comme une tare.
Face à cette situation, Touda sait que so salut passera par son départ pour la grande ville, bien qu’à Casablanca, elle reste une étrangère. Elle doit apprendre les codes et surtout jouer des coudes pour se faire une place mais aussi rester libre. Libre d’être une femme et de vivre sa vie de femme, mais aussi libre de se produire sur scène et de chanter ce qu’elle pense comme ce qu’elle a sur le cœur. Sa voix, c’est un peu son assurance vie, la possibilité de sortir de la pauvreté et enfin de s’en sortir.
Encore faut-il qu’elle ait des alliés et mais surtout qu’elle puisse s’imposer notamment face aux hommes. Touda a du caractère, elle a surtout un certain tempérament et n’entend pas se faire dicter sa conduite par quiconque, quitte à se brûler les ailes. La tâche n’est pas facile et certains tenteront de la remettre à sa place, c’est-à-dire une femme qui se contente de faire ce qu’on lui demande, ni plus ni moins. Cependant, il en faut bien plus pour soumettre la jeune femme et la faire entrer dans le rang.
Everybody loves Touda nous décrit le parcours et la soif d’émancipation comme de réussite d’une femme qui n’entend pas qu’on lui dise quoi faire. Un portrait de femme puissamment réalisé par Nabil Ayouch qui décidément porte un regard innovant et particulier sur le Maroc
Everybody loves Touda
Un film de : Nabil Ayouch
Avec: Nisrin Erradi, Joud Chamihy, Jalila Tlemsi, El Moustafa Boutankite…
Pays : France/Maroc
Genre : Drame
Durée : 1h42
Sortie : le 18 décembre
Note : 15/20



