The Substance : le meilleur (et le pire) de vous-même

S’il y a bien quelque chose contre lequel on ne peut rien (du moins pas faire grand-chose), c’est le temps qui passe et son impact sur notre existence. Notre vie défile et qu’on le veuille ou non, notre période faste s’éloigne de plus en plus, vers l’inexorable. Aussi, lorsqu’on vous propose une formule quelque révolutionnaire pour je cite « retrouver la meilleure version de vous-même », vous êtes plus que tenté de produire l’expérience, surtout si on vous fait comprendre que vous êtes un has-been. C’est ce qui arrive à Elisabeth.

Nous sommes à Los Angeles. Elisabeth Sprinkle est une actrice qui, dans une autre vie, avait eu son heure de gloire sur grand écran, au point d’avoir son étoile sur Hollywood Boulevard. Celle qui est animatrice d’une émission de fitness à succès voit soudainement sa vie basculer. Harvey, son producteur, lui annonce, malgré des audiences plus qu’honorables, qu’elle est virée sur le champ. La raison ? Le besoin de renouveler le programme en engageant une femme plus jeune et plus dans la fleur de l’âge. Déboussolée, Elisabeth encaisse. Après avoir été victime d’un accident de voiture sans gravité, elle prend la connaissance d’un produit, « The Substance ». Ce traitement un peu particulier vous permet de générer une autre version de vous-même, en plus jeune, plus beau et plus parfait. Malgré quelques hésitations, Elisabeth saute le pas et Sue apparaît. Si la Substance confère des effets plus que bénéfiques, elle ne se doute pas de ses conséquences plus que perverses. 

« Une meilleure version de vous-même ». Dit comme cela, c’est plus que tentant et intéressant surtout quand on vous fait comprendre que vous êtes une has-been, vielle et qu’il faut de la chair fraîche, comprendre une nana de 25 ans/30 ans max, hyper mignonne et véritable canon de beauté. C’est d’autant plus tentant qu’Elisabeth est une femme qui est nostalgique de sa célébrité passée. Même si on la reconnaît dans les rues de la cité des Anges, elle n’en demeure pas moins quelqu’un qui n’est plus dans le coup, du moins selon les dires de son producteur, un homme cynique, grossier et peu empathique. Malgré le fait qu’Elisabeth prend soin d’elle régulièrement, elle ne vend plus rêve, ni même de l’érotisme. 

C’est tout le contraire de Sue, l’autre version d’Elisabeth. Une Elisabeth en trente ans de moins, ambitieuse, mais surtout jeune et jolie. Très vite, elle tape dans l’œil d’Harvey qui l’engage davantage pour ses courbes que pour ses compétences. Sue devient la coqueluche des médias et goûte à son tour aux joies du succès tout en jouissant de son côte femme fatale. 

Ces deux aspirations finissent néanmoins par s’affronter et de façon brutale, surtout lorsque Sue cherche à s’affranchir d’Elisabeth. Or, les deux ont besoin d’exister et sont complémentaires. Une façon de dire que si l’une est la meilleure version de l’autre, elle aussi sa pire version et inversement. Une autre est sûre, la Substance ne les laissera pas indemne. 

Malgré son côté assez gore par moment avec des scènes à la limite du regardable, The Substance nous livre une prestation sur les ravages du temps, la célébrité passée, la désirabilité ou encore le plaisir de séduire et de plaire peu importe le prix et les conséquences. C’est en toute logique que le film de Coralie Fargeat a obtenu le Prix du meilleur scénario lors du dernier festival de Cannes et qu’il aurait pu obtenir bien plus à mon sens. 

The Substance

Un film de : Coralie Fargeat

Avec : Demi Moore, Margaret Qualley, Dennis Squad, Gore Abrams, Oscar Lesage… 

Pays : France

Genre : Epouvante-horreur, Drame

Durée : 2h22

Sortie : le 6 novembre

Note : 15/20

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