Amal, un esprit libre : face à l’obscurantisme

Le cinéma, ce n’est pas uniquement un lieu où on passe un bon moment, seul ou à plusieurs. C’est aussi – en tout cas pour moi – un endroit qui doit nous pousser à réfléchir, à s’interroger sur notre société mais aussi à être alerté de dangers, potentiels comme affirmés, qui nous guettent. 

Le film de Jawad Rhalib fait sans doute partie de ces œuvres qui vaillent la peine d’être regardées, tant elles font écho à l’actualité. Nous sommes à Bruxelles. Amal est professeure de lettres dans une athénée, l’équivalent du lycée en France. Elle enseigne, conformément au programme prévue par l’enseignement francophone, les grands auteurs. Un jour, Monia, une élève de classe est prise à partie par ses camarades qui la soupçonnent d’être lesbienne. Face aux tensions et au silence de l’établissement, l’enseignante décide de leur faire découvrir, Abu Nawaz, un poète arabe du VIII° siècle connu pour ses poèmes. Une initiative qui passe cependant mal auprès de certains élèves de confession musulmane qui estiment que les écrits de l’auteur sont contraires à leur religion. Amal, malgré les intimidations et les menaces de certains parents d’élèves, tient à ne surtout pas céder. 

D’habitude, je ne lis pas les critiques histoire de ne pas être influencé. Cependant, je dois vous avouer mon étonnement quand je suis tombé sur l’avis de Libé qui a littéralement démoli le film le qualifiant d’hypocrite ! Le film parle, pourtant, d’un sujet sensible et bien réel à savoir, la liberté d’enseigner et de transmettre face aux intégrismes de toute sorte, notamment islamique. 

Professeure de confession musulmane, Amal est quelqu’un qui souhaite tirer ses élèves vers le haut en leur apportant les outils indispensables pour devenir des citoyens exemplaires, ce qui suppose qu’ils aient la capacité de développer un esprit critique, loin des préceptes (détournés) de la religion. Aussi, faire connaître à sa classe Abu Nawaz est, plus qu’une simple étude, un engagement militant. Un engagement face à un islamisme qui ne cesse de faire de l’entrisme dans l’enseignement publique, notamment à travers les cours de religion[1]

Un combat dans lequel elle est bien seule toutefois. Tout d’abord face à ses élèves qui ont du mal à comprendre sa démarche quand ils ne la contestent pas, notamment certains de confession musulmane qui y voient là, une provocation. Amal ne peut pas tellement compter sur ses collègues et sa supérieure, la directrice de l’athénée, qui ne souhaite pas trop de vagues face à la bronca de certains parents d’élèves musulman. La pression est là, elle est forte, Amal sait qu’elle a en face des gens particulièrement déterminés mais au fond, elle n’en a cure. Elle ne veut céder en aucun cas et tient à rester debout face aux obscurantistes de tout poil, en particulier ceux qui avancent masqués à l’instar de Nabil, le professeur de religion qu’elle soupçonne de faire double jeu. 

Dans le précédent numéro de Marianne, Jawad Rhalib, le réalisateur belge, interrogé sur la scène finale de son film, disait de manière sans équivoque, que nous n’étions qu’au début avec l’islamisme. Peut-être trop alarmiste pour certains, toujours est-il qu’il s’agit là d’un avertissement net, clair et précis. Un avertissement qui nous rappelle aussi qu’on ne doit absolument pas confondre islamisme et islam et que dans ce combat, un soutien franc et entier envers les musulmans est indispensable, si on veut en finir avec l’obscurantisme, à l’instar d’Amal. 

Amal, un esprit libre

Un film de : Jawad Rhalib

Avec : Lubna Azabal, Fabrizio Rongione, Catherine Salée, Kenza Benboutcha, Ethelle Gonzalez Lardued, Johan Heldenbergh… 

Pays : Belgique

Genre : Drame

Durée : 1h51

Sortie : le 17 avril

Note : 15/20


[1] Les cours de religion sont obligatoires en Belgique francophone. Chaque élève s’inscrit en fonction de sa confession (les athées eux reçoivent des cours de morale). La Fédération Wallonie-Bruxelles, qui a compétence en matière d’enseignement sur la partie francophone de la Belgique, envisage de rendre optionnels ces cours à la rentrée 2024. Certains parents d’élèves souhaitent cependant aller plus loin, en demandant leur suppression pure et simple. 

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