La crise des migrants n’en finit pas de déstabiliser l’Europe et les Européens que nous sommes entre eux qui considèrent que le Vieux continent ne doit pas déroger en ses principes et ceux qui estiment qu’il faut la plus grande fermeté envers ce qu’ils estiment comme une menace pour l’existence même de nos Nations.
Une crise qui n’est toujours pas résorbée (loin de là !) mais qui est évoquée de plus en plus sur le grand écran. Après Moi capitaine le mois dernier, qui racontait le périple de deux jeunes migrants subsahariens vers l’Europe, c’est autour de la cinéaste polonaise Agnieszka Holland, de se saisir de la question. Nous sommes en octobre 2021. Une famille syrienne fuit le régime de Bachar El-Assad mais également les exactions de l’État islamique. Direction le Belarus, point de passage pour atteindre l’Union européenne, la Suède et Malmö, la destination finale. Arrivés à la frontière polonaise, la famille pense avoir fait le plus dur. Ils sont officiellement en Europe ! C’était sans compter sur les gardes-frontières polonais qui les arrêtent. Reconduits immédiatement à la frontière, ils subissent les mauvais traitements des douaniers bélarusses qui, à leur tour, les renvoient en Pologne. Bashir, Leila, Nour et les autres réfugiés se retrouvent coincés dans une sorte de no man’s land, pris en tenaille par la Pologne et le Belarus et à la merci des gardes-frontières de ces deux pays, aux méthodes plus ou moins violentes. Parallèlement, un groupe d’activistes de soutien aux migrants s’investit afin d’apporter aide et conseil à une population considérée comme indésirable.
Sorti en septembre dernier en Pologne, Green Border avait été la cible des militants d’extrême droite ainsi que des partisans du parti « Droit et Justice » (PiS), le parti de droite extrême au pouvoir à l’époque et pour cause ! Agnieszka Holland n’avait pas hésité à dépeindre cette réalité implacable quant à la gestion des flux de migrants par les autorités polonaises. Lorsqu’ils franchissent la frontière avec le Belarus, Bashir, Leila et leurs enfants pensaient avoir fait le plus difficile et se risquent d’imaginer à des jours meilleurs. Une joie qui sera de courte durée et qui se fracasse devant la dureté, voire le manque d’humanité des gardes-frontières.
Dit comme cela, on pourrait être tenté de penser que la cinéaste tombe dans un certain manichéisme ou dans la caricature la plus grossière. C’est en réalité plus subtile et complexe que cela. Agnieszka Holland croise le destin de plusieurs protagonistes qui ont tous ce point commun : cette frontière, synonyme de protection et d’identité pour certains, symbole d’avenir et de reconstruction pour d’autres. Les premiers, à l’instar de Jan, le garde-frontière ne font que leur boulot. Pour autant, comment le faire sans avoir des doutes ou des interrogations, surtout lorsque certains collègues bafouent, par méconnaissance, cynisme voire racisme, toute règle d’humanisme ?
Face à cela, des activistes qui tentent par tous les moyens mais avec une marge de manœuvre quasiment réduite à néant, de porter assistance aux réfugiés mais aussi la population civile qui, sous les traits de Julia, assiste avec impuissance à cette situation dramatique. Ils savent qu’aider n’est pas bien vu par les autorités mais ils ne peuvent rester de marbre. Toutefois, ils se sentent parfois bien seuls au contact de leurs compatriotes, même les plus progressistes qui préfèrent détourner le regard, sans doute par souci de ne pas s’attirer des problèmes.
Divisé en quatre chapitres et tourné quasi-intégralement en noir et blanc, Green Border se veut sans concession. On sort de la séance, totalement sidéré voire révolté, surtout après vu la dernière scène en guise d’épilogue, et qui illustre très bien la versatilité des hommes comme d’un gouvernement.
Green Border (Zielona Granica)
Un film de : Agnieszka Holland
Avec : Jalal Altawil, Maja Ostaszewska, Behi Djanati Ataï, Tomasz Wlosok…
Pays : Pologne
Genre : Drame
Durée : 2h32
Sortie : le 7 février
Note : 17/20





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