En 1997, l’affaire Mary-Kay Letourneau avait passionné mais aussi largement divisé la société américaine en son temps. La raison ? Une professeure d’une trentaine d’années qui avait eu une liaison avec un de ses élèves âgé de… 13 ans au moment des faits, ce genre de détail qui a beaucoup fait parler de lui et fait tâche dans l’Amérique conservatrice.
C’est cette histoire qui sert de toile de fond à May December. Nous sommes en 2015 à Savannah. Elisabeth Berry, une actrice de 36 ans, débarque de Californie et se rend dans cette ville côtière de Géorgie à la rencontre de Gracie Atherton. Gracie avait fait sensation en 1994 en raison de sa relation avec Joe-Yoo, un jeune homme d’origine coréenne et ancien camarade d’école de son fils aîné. C’est cette histoire scandaleuse qu’Elisabeth veut raconter en interprétant le rôle de Gracie. À son contact, elle découvre plusieurs facettes de son existence mais aussi les dessous d’un couple encore éprouvé par des années de scandales et de controverse. Elisabeth s’implique alors de plus en plus, au risque d’entretenir une confusion malsaine.
Comme je l’indiquais précédemment, May December a pour toile de fond l’affaire Mary-Kay Letourneau, du nom de cette femme qui a passé plusieurs années en prison, condamnée par la justice américaine. De son séjour passé derrière les barreaux, naitra notamment une fille. Le film de Todd Haynes n’est pas à proprement parler sur l’affaire mais plutôt sur la fascination qu’elle porte. C’est en tout cas ce qui motive (ou semble motiver) Elisabeth, cette actrice qui a été choisie pour porter à l’écran, la vie de Grace. C’est en toute logique qu’elle note tout, prend la moindre information ou détail sur cette dernière, afin de bien coller au personnage, ce qui semble tout à fait logique, au passage !
Elisabeth entre aussi dans l’intimité du couple et comme le spectateur, elle perçoit des détails mais aussi des failles. Elles concernent notamment Joe-Yoo, celui par qui le scandale est arrivé. Agé également de 36 ans, et père de jumeaux qu’il a eu avec Gracie, il se sent comme en déphasage. Son fils aîné vient de terminer le lycée et s’apprête à entrer à l’université, à l’âge où il a épousé Gracie. S’il est bien évidemment ravi pour son fils, il se demande légitimement s’il n’est pas passé à côté de quelque chose, en devenant une sorte de père au foyer, enfermé dans une vie de couple et de famille au final assez morne.
De cette situation, Elisabeth va aller au-delà de la compréhension au risque de confondre les rôles. A quelque moment est-elle l’actrice qui vient recueillir des informations, à quel moment est-elle cette femme qui se verrait bien dans la peau de Gracie et d’une certaine manière la remplacer ? La frontière est ténue et la ligne jaune facile à franchir mais elle rappelle que même l’affaire a été jugée, les conséquences de la relation entre Gracie et Joe-Yoo demeurent fortes.
Malgré quelques longueurs, May December décrit avec justesse cette confusion latente qui envahit l’esprit d’Elisabeth, donnant au film cette atmosphère particulière et très ambiguë.
May December
Un film de : Todd Haynes
Avec : Natalie Portman, Julianne Moore, Charles Melton, Piper Curda, Cory Michael Smith…
Pays : États-Unis
Genre : Comédie, Drame
Durée : 1h57
Sortie : le 24 janvier
Note : 13/20



